
Le développement durable est un terme largement utilisé. Pour les producteurs de poulet canadiens, il a une signification plus concrète : produire un poulet sûr et de grande qualité tout en prenant soin des terres, des oiseaux, des personnes à la ferme et de la viabilité à long terme de l’entreprise. Ce travail se poursuit depuis des décennies. Ce qui a changé, c’est que nous disposons maintenant de données crédibles pour démontrer les progrès réalisés et identifier les prochaines possibilités d’amélioration.
En 2025, les Producteurs de poulet du Canada ont mis à jour leur analyse du cycle de vie (ACV) et réalisé le premier inventaire des gaz à effet de serre (GES) du secteur. Un sondage mené auprès de 226 producteurs est venu compléter le portrait en documentant les pratiques adoptées à la ferme et les priorités perçues par les producteurs. Ensemble, ces outils offrent à l’industrie une vision plus claire que jamais de sa situation actuelle. Cet article explique ce que signifient ces résultats pour les producteurs individuels et pour le secteur dans son ensemble.
Une analyse du cycle de vie (ACV) évalue l’empreinte environnementale d’un produit du début à la fin. Pour le poulet canadien, les limites de l’analyse vont de la production des ingrédients destinés à l’alimentation animale jusqu’à la sortie de l’usine de transformation, en passant par le couvoir et le poulailler. Tout est pris en compte : le diesel utilisé par le tracteur pour cultiver le maïs, le propane servant à chauffer le bâtiment, l’électricité alimentant la chaîne de transformation ou encore la gestion du fumier à la ferme. Les résultats sont exprimés par kilogramme de poulet éviscéré, ce qui permet au secteur de comparer ses performances au fil du temps et avec d’autres protéines de façon équitable.
Une ACV ne s’arrête pas au carbone. Elle évalue aussi l’utilisation de l’eau, l’occupation des terres, l’acidification, l’eutrophisation et la biodiversité. Cela est important, car une amélioration sur un indicateur peut parfois détériorer un autre aspect, et les producteurs ont besoin d’une vision globale pour prendre de bonnes décisions. L’ACV du poulet canadien respecte les normes ISO 14040 et 14044 et a été examinée par un comité indépendant d’experts. Cette validation renforce la crédibilité des résultats auprès des détaillants, des transformateurs et du public.
L’ACV mesure l’intensité des impacts par kilogramme produit. Un inventaire des gaz à effet de serre mesure plutôt les émissions totales du secteur pour une année donnée. Les deux approches sont utiles, mais elles répondent à des questions différentes. Les détaillants et les institutions financières demandent de plus en plus des données de type inventaire, puisque leurs propres engagements climatiques sont exprimés en émissions absolues.
Les inventaires répartissent les émissions en trois catégories. Le champ d’application 1 (Scope 1) couvre les émissions produites directement à la ferme, principalement liées à la combustion du gaz naturel et du propane pour le chauffage des bâtiments. Le champ d’application 2 (Scope 2) concerne l’électricité achetée sur le réseau. Le champ d’application 3 (Scope 3) englobe tout le reste de la chaîne d’approvisionnement, du carbone contenu dans les aliments achetés jusqu’à l’énergie utilisée dans les usines de transformation. Pour le poulet canadien en 2023, le Scope 3 représentait environ les trois quarts des émissions totales. Cette proportion semblera familière à quiconque réfléchit à l’origine des coûts agricoles : les intrants achetés portent leur propre empreinte environnementale.
Le principal constat est que l’empreinte carbone associée à la production d’un kilogramme de poulet canadien éviscéré a diminué d’environ 6 % entre 2016 et 2023, passant de 2,3 à 2,2 kilogrammes d’équivalent CO₂. Cette amélioration s’explique surtout par une meilleure conversion alimentaire, qui s’est améliorée d’environ 7 % à l’échelle nationale durant la même période, ainsi que par des changements dans la composition des aliments. Moins d’aliments nécessaires par kilogramme de viande signifie moins d’impacts en amont : moins de cultures, moins d’engrais, moins de transport. Des réductions ont également été observées pour l’eutrophisation des eaux douces, l’acidification et l’utilisation des terres. Les résultats mettent en évidence les efforts continus des producteurs de poulet canadiens pour améliorer la durabilité environnementale. Grâce à une meilleure efficacité alimentaire et à l’innovation constante dans les pratiques de production, les producteurs ont réussi à réduire l’empreinte carbone du poulet canadien tout en diminuant les impacts sur l’utilisation des terres, l’acidification et l’eutrophisation des eaux douces. Ces résultats témoignent d’un engagement fort du secteur envers une production alimentaire plus durable pour les Canadiens.
À l’échelle sectorielle, la production canadienne de poulet représentait environ 2 974 kilotonnes d’équivalent CO₂ en 2023, soit environ 0,4 % des émissions totales du Canada. L’alimentation animale et l’énergie constituent ensemble la plus grande part de cette empreinte. Les aliments représentent à eux seuls environ la moitié des impacts du berceau à la sortie de l’usine, tandis que le chauffage des bâtiments constitue la principale source d’émissions à l’étape d’élevage. Ce sont également les domaines offrant le plus grand potentiel d’amélioration, ce qui explique pourquoi les quatre prochains articles de cette série porteront précisément sur ces enjeux.

Le sondage mené à la ferme au début de 2025 a ajouté une autre dimension à l’analyse. Son objectif était de mieux comprendre l’adoption des pratiques durables et les perceptions liées à la durabilité dans le secteur de l’élevage du poulet. Environ 90 % des répondants ont déjà adopté un éclairage écoénergétique, et près de 70 % utilisent une forme de technologie intelligente ou d’automatisation dans leurs bâtiments. La moitié ont amélioré leurs systèmes de ventilation, et plus de 80 % prévoient le faire au cours des cinq prochaines années. L’intérêt est également marqué pour les additifs alimentaires et l’alimentation de précision, puisque plus de la moitié des producteurs utilisent déjà ces approches ou prévoient les adopter dans les cinq prochaines années.
Les producteurs ont aussi clairement identifié les obstacles. Le manque de budget est ressorti comme le principal frein à l’adoption de nouvelles pratiques durables. Lorsqu’on leur a demandé dans quels domaines le secteur progresserait le plus au cours des cinq prochaines années, les répondants ont mis en avant l’innovation et la confiance du public. Quant aux priorités qui devraient figurer en tête de l’agenda des Producteurs de poulet du Canada, les réponses les plus fréquentes étaient la santé et le bien-être animal, la performance économique et la salubrité alimentaire, accompagnées d’un fort appui à davantage de recherche et de soutien technique.
Les chiffres, à eux seuls, ne changent rien. Ils deviennent utiles lorsqu’ils aident les producteurs, les organisations provinciales et les partenaires de la chaîne d’approvisionnement à prendre de meilleures décisions.
L’efficacité alimentaire, les choix d’aliments, la consommation d’énergie dans les bâtiments ainsi que la gestion du fumier et des nutriments jouent tous un rôle important dans la réduction de l’empreinte environnementale de la production de poulet. Une meilleure compréhension de ces aspects peut également aider les producteurs à démontrer leurs progrès en matière de durabilité lors des discussions avec les transformateurs, les prêteurs, les décideurs politiques et le public.
L’histoire que racontent ces résultats n’est pas celle d’une transformation spectaculaire. C’est plutôt celle d’une amélioration constante et mesurable, fondée sur les décisions quotidiennes qui ont toujours caractérisé une bonne production avicole. La prochaine décennie soulèvera davantage de questions sur la performance environnementale du secteur, et non moins. Disposer de réponses crédibles, fondées sur des données probantes et partagées ouvertement, est la meilleure façon pour l’industrie de maintenir sa position et de continuer à progresser.