
Devant l’émergence de nouvelles souches de salmonelles dans le milieu avicole au Canada, des chercheurs expérimentent de nouvelles méthodes « naturelles » pour réduire les risques de cette bactérie sur la santé des poules et la salubrité alimentaire.
Les « bactériophages », ou simplement « phages », sont des virus naturels que Hany Anany étudie depuis plus de 15 ans pour leur capacité de cibler les salmonelles et d’autres bactéries problématiques présentes en production avicole et dans la chaîne de transformation connexe. Déjà, ce chercheur d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) est parvenu à intégrer ces bons antimicrobiens dans des matériaux d’emballage pour obtenir des emballages bioactifs anti-salmonelles pour la volaille crue. Armé de ces connaissances, il veut maintenant se servir de phages pour maîtriser les salmonelles chez les pondeuses.
« Les phages sont des outils naturels hyper précis qui s’attaquent aux mauvaises bactéries, comme les salmonelles, sans nuire aux bons microbes », explique celui qui est chef d’équipe en salubrité alimentaire du Centre de recherche et de développement de Guelph.
Hany Anany et son équipe travaillent à mettre au point un « cocktail » de phages qui pourraient bien maîtriser les salmonelles chez les pondeuses sur une grande plage de températures. « Avec des phages ciblant les salmonelles chez les pondeuses, on pourrait réduire le risque de contamination des œufs avant même leur commercialisation », entrevoit le chercheur.
Des virus qui travaillent pour le bien
Les phages, ces « mangeurs de bactéries », sont de « bons » virus qui existent dans le monde naturel. Ils sont écologiques, ne s’attaquent qu’à des bactéries bien précises et peuvent se reproduire au besoin en présence d’un grand nombre de bactéries cibles. On trouve des phages partout où il y a des bactéries; ceux qui ciblent les salmonelles habitent couramment là où circulent les bactéries dans les poulaillers.
Hany Anany et son équipe ont identifié les phages naturellement présents chez les poules vivantes et dans les poulaillers afin de déterminer lesquels s’attaquent à Salmonella enteritidis, à Salmonella Kentucky et à d’autres mauvaises souches pour la production avicole. Ils souhaitent surtout s’assurer que le cocktail de phages cible bien les salmonelles sans perturber la microflore intestinale naturelle, essentielle à la santé et au rendement généraux des pondeuses.
« À partir d’un vaste bassin de candidats, nous avons réussi à composer un cocktail de quatre phages, très efficace contre les souches de salmonelles qui nous intéressent », explique le chercheur.
« On pourrait aussi élaborer une stratégie similaire pour les poulets à griller et la production de dindons, souligne-t-il. Le truc, c’est de formuler un cocktail de phages adapté aux souches bactériennes les plus courantes dans ces systèmes. »
On passe aux essais sur le terrain
Pour passer aux essais sur le terrain, le cocktail de phages élaboré en laboratoire doit répondre à certains critères. L’équipe devait mettre au point une méthode efficace pour encapsuler le cocktail afin de le protéger et de prolonger sa durée de conservation dans l’animal. Ainsi, les phages sont enduits de poudre sèche vaporisée avant d’être ajoutés à la nourriture.
En collaboration avec Qi Wang, chercheur à AAC, l’équipe devait aussi démontrer que le mélange peut maîtriser les salmonelles dans la poule (41 °C) et à l’extérieur de celle-ci (25 °C), soit dans le poulailler; diminuer les taux de prévalence des salmonelles dans l’intestin des poules et diminuer la quantité de salmonelles excrétées sur la coquille des œufs et dans la litière; être souple contre des souches de salmonelles résistantes; et être facile à administrer dans la nourriture ou l’eau.
« Les phages fonctionnent bien au laboratoire, constate Hany Anany. Il faut maintenant vérifier s’ils peuvent réduire la colonisation par les salmonelles, diminuer l’excrétion de ces bactéries dans l’intestin et limiter la contamination des œufs, et si on peut s’en servir en poulailler pour abaisser le taux de prévalence des salmonelles et diminuer le risque connexe. »
En collaboration avec Nicole Ricker au département de pathologie du Collège de médecine vétérinaire de l’Ontario (Université de Guelph), Hany Anany administrera le cocktail de phages à des pondeuses cet automne. Lorsqu’il aura répété les essais sur des pondeuses l’année prochaine, le chercheur croit que ses collaborateurs et lui seront en bonne position pour mobiliser des partenaires de l’industrie pour les travaux de mise à l’échelle, de fabrication et de planification réglementaire.
Ce projet de recherche est financé par le Conseil de recherches avicoles du Canada dans le cadre de la Grappe de la science avicole, qui a reçu l’appui d’Agriculture et Agroalimentaire Canada en vertu du Partenariat canadien pour une agriculture durable, une initiative fédérale-provinciale-territoriale.