
Le Canada a récemment intensifié ses efforts visant à diversifier le commerce agricole dans le cadre d’un objectif plus large visant à réduire sa dépendance envers les États-Unis. Près de 60 % des exportations agroalimentaires canadiennes sont destinées au marché américain, et les récentes tensions politiques et commerciales ont mis en évidence les risques associés à cette dépendance. Par conséquent, le gouvernement fédéral a lancé une stratégie ambitieuse visant à doubler les exportations vers des marchés autres que les États-Unis au cours des dix prochaines années, tout en élargissant ses relations commerciales avec de nouveaux partenaires et en renforçant les accords existants, particulièrement dans la région indo-pacifique.
Plusieurs négociations et initiatives commerciales sont actuellement en cours. Les discussions avec l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) se poursuivent et impliquent un groupe diversifié d’économies, notamment le Brunéi, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Ces négociations progressent lentement en raison des priorités divergentes entre les membres, particulièrement en matière de mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) et d’accès aux marchés. Parallèlement, le Canada a amorcé de façon pragmatique des négociations bilatérales avec la Thaïlande et les Philippines, deux membres de l’ANASE où des progrès pourraient être réalisés plus rapidement que dans le cadre régional.
Pour le secteur canadien du poulet, les négociations avec la Thaïlande sont particulièrement sensibles. La Thaïlande est l’un des plus grands exportateurs mondiaux de poulet et un fournisseur majeur des marchés internationaux. Toute discussion liée à l’accès au marché canadien pour les produits de poulet doit donc être suivie de près. De même, le gouvernement canadien participe actuellement à des négociations avec le Mercosur, qui comprend le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Le Brésil, plus grand exportateur mondial de poulet, représente une puissance agricole importante et cherche depuis longtemps à obtenir un meilleur accès aux marchés internationaux, y compris celui du Canada.
Bien que la stratégie de diversification du Canada puisse être favorablement accueillie par des secteurs orientés vers l’exportation comme le bœuf, le canola et les légumineuses, ces mêmes secteurs suivent également les développements avec prudence, particulièrement en ce qui concerne le Mercosur, compte tenu de la forte compétitivité agricole du Brésil. Pour les secteurs sous gestion de l’offre, y compris le poulet, la position demeure constante et inchangée. Les producteurs de poulet du Canada continuent de rappeler clairement au gouvernement qu’il ne doit y avoir aucun accroissement de l’accès au marché pour les secteurs sous gestion de l’offre et que les tarifs hors contingent doivent être maintenus à leurs niveaux actuels.
Au-delà de ces négociations, le Canada explore également de nouvelles relations commerciales avec l’Inde et les Émirats arabes unis (EAU). L’Inde représente un marché vaste et en forte croissance, mais demeure un partenaire de négociation complexe en raison de ses propres sensibilités agricoles et de ses politiques protectionnistes. Les EAU, quant à eux, constituent une importante plaque tournante régionale pour l’alimentation et importent d’importants volumes de produits de volaille provenant de grands exportateurs comme le Brésil et les États-Unis. Bien que ces discussions soient encore à un stade préliminaire, elles s’inscrivent dans les efforts plus larges du Canada visant à diversifier ses relations commerciales à l’échelle mondiale.
L’engagement du Canada dans le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) continue également d’évoluer. Le Royaume-Uni a officiellement adhéré au PTPGP en décembre 2024, marquant la première expansion de l’accord depuis sa création. Le Canada a maintenant complété son processus de ratification interne à la suite de la sanction royale du projet de loi de mise en œuvre en mai 2026. D’autres adhésions au PTPGP sont également envisagées, notamment celles de l’Uruguay et du Costa Rica, ce qui pourrait élargir davantage la portée de l’accord.
Parallèlement, le Canada travaille à stabiliser sa relation avec la Chine, un acteur clé du commerce agricole mondial. Les récents échanges diplomatiques et techniques entre les autorités canadiennes et chinoises laissent entrevoir des efforts graduels visant à rétablir des canaux commerciaux plus prévisibles après plusieurs années de tensions. La Chine demeure une destination importante pour plusieurs produits agricoles canadiens ainsi qu’un acteur majeur des marchés mondiaux des protéines.
Dans l’ensemble, ces initiatives illustrent l’ampleur du programme commercial actuel du Canada. Le gouvernement mène simultanément plusieurs négociations à travers l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique latine. Bien que ces efforts visent à réduire la dépendance au marché américain, ils soulèvent également d’importantes considérations politiques pour des secteurs comme celui du poulet, qui demeure principalement axé sur le marché intérieur.
Pour cette raison, les Producteurs de poulet du Canada (PPC) continuent de suivre de près ces négociations et de maintenir un dialogue actif avec les représentants gouvernementaux et les négociateurs commerciaux. Des représentants des PPC ont accompagné les autres organisations du GO5 de la gestion de l’offre à Brasília afin de suivre les rondes 8 et 9 des négociations Canada–Mercosur, avant de participer à la plus récente ronde de négociations tenue à Toronto durant la semaine du 25 mai.
Les discussions ont confirmé que le Mercosur, et particulièrement le Brésil, continue de prioriser l’accès aux marchés agricoles, notamment pour le poulet, les œufs, le bœuf et le sucre raffiné. Les négociateurs canadiens ont clairement indiqué qu’à la suite de l’adoption du projet de loi C-202, le Canada ne peut envisager aucune augmentation des contingents tarifaires ni aucune réduction des tarifs hors contingent pour les secteurs sous gestion de l’offre. Bien que les deux parties aient exprimé leur intérêt à conclure une entente dès juillet 2026, il est encore trop tôt pour déterminer si cet échéancier est réaliste, compte tenu de l’importance de l’agriculture dans les négociations.
Alors que le Canada poursuit cet ambitieux programme commercial, le maintien de cet équilibre demeurera essentiel afin de garantir que la politique commerciale soutienne l’ensemble de l’économie agricole tout en protégeant l’intégrité des secteurs sous gestion de l’offre.