Nous sommes là pour vous : Un message des producteurs de poulet canadiens concernant la COVID-19

Lettre ouverte, Vancouver Magazine

Lettre ouverte

C’est curieux, nous pressentions que l’article du Vancouver Magazine, Why Antibiotics Are Failing Us, allait poser problème lorsque, plusieurs mois auparavant, nous avons été invités à vérifier une série de messages que le reporteur envisageait d’y inclure.

À l’époque, il est clairement apparu que le magazine privilégiait une approche sensationnaliste de la question en utilisant des allégations contestables, voire complètement fausses au sujet de l’utilisation d’antibiotiques dans l’industrie du poulet.

Nous avons tenté de rectifier les soi-disant « faits ». Nous avons tenté de communiquer avec le rédacteur en chef. Nos messages sont restés sans réponse et beaucoup de faits allégués dans cet article demeurent erronés.

Nous trouvons cela irresponsable.

Voici six exemples de faussetés publiées par le Vancouver Magazine :

1. Surveillance à la ferme :

« Après avoir interdit aux chercheurs du PICRA l’accès aux données sur l’utilisation de médicaments pendant plus d’une décennie, les Producteurs de poulet du Canada, qui représentent 2 700 producteurs à l’échelle nationale, ont accepté en 2013 de participer au programme de surveillance à la ferme, et notamment de communiquer au PICRA des renseignements sur l’utilisation de médicaments. »

  • Faux. Les Producteurs de poulet du Canada (PPC) collaboraient avec le PICRA au développement d’un programme de surveillance à la ferme dès 2007 et ont approuvé le programme en 2010. Entre 2010 et 2013, le PICRA s’est employé à intégrer ce programme de surveillance au programme existant, tandis que les PPC écrivaient au ministre de la Santé pour lui demander d’en faire une priorité.

2. Utilisation d’antibiotiques à la ferme :

« La deuxième dose a été administrée dans leur eau, laquelle contient souvent de la fluoroquinolone, un autre antibiotique très prisé. »

  • Le troupeau visité n’a pas reçu de fluoroquinolone, et ce n’est pas non plus une pratique courante de l’industrie.

« La suivante a été administrée dans la moulée des poulets qui peut également contenir encore d’autres antibiotiques comme la pénicilline, dont l’invention en 1928 marquait une époque bénie sans précédent en matière de santé pour l’humanité. »

  • Ici encore, cet énoncé met tout en œuvre pour insinuer que le troupeau visité a reçu de la pénicilline, ce qui n’est pas le cas.

3. Capacité d’importer des antibiotiques :

« Au lieu de cela, les producteurs peuvent recourir à une pléthore de tactiques pour éviter la supervision d’un vétérinaire — y compris à une faille notoire qui leur permet d’importer et de mélanger leurs propres médicaments à la ferme. »

  • Cette déclaration laisse croire aux lecteurs que les producteurs de poulet importent et mélangent leurs propres antibiotiques. En fait, le programme d’assurance de la salubrité des aliments à la ferme des PPC ne permet pas une telle pratique et les PPC ont soutenu ouvertement le gouvernement canadien dans l’adoption de règlements pour la prévenir.

4. Réglementation américaine :

« Aux É.-U., ces pratiques sont déjà interdites par les autorités de réglementation fédérale. » (au sujet de la politique industrielle des PPC visant l’abolition de l’utilisation préventive des antibiotiques de catégorie I)

  • Faux. Les É.-U. ont seulement interdit l’utilisation de céphalosporines en dérogation des directives de l’étiquette; il est encore permis aux É.-U. de les administrer aux poussins d’un jour. Ce qu’on ne dit pas, c’est que la politique des PPC va plus loin en interdisant toute utilisation préventive de ces antibiotiques.
  • C’est sans doute sur cette base erronée que se fonde le magazine pour déclarer que « compte tenu des lois américaines restreignant l’utilisation de médicaments à la ferme, l’exploitation de Krahn serait illégale à 200 mètres au Sud ». Ce n’est pas vrai.

5. Échéancier de l’initiative de Santé Canada : 

« Dernièrement, Santé Canada a publié un vague communiqué de presse endossant la surveillance vétérinaire pour les antibiotiques importants sur le plan médical, de même que l’abandon progressif des allégations concernant la stimulation de la croissance. Aucun échéancier n’a été fixé et aucune mesure réglementaire ferme n’a été approuvée. »

  • L’Avis aux intervenants de Santé Canada indique que la Direction des médicaments vétérinaires poursuivra ces mesures au cours de la même période que les États-Unis.
  • La citation tirée de cet avis est la suivante : « Les États-Unis travaillent à mettre en place des mesures similaires pour une transition estimée à trois ans. La DMV continuera de collaborer afin d’assurer la meilleure harmonisation possible de ces mesures en vue d’une transition efficace pour toutes les parties concernées au cours de la même période ».

6. Efficacité de la politique des PPC sur la catégorie I :

« […] le public n’aura aucun moyen de s’assurer que c’est fait. »

  • Faux. Il y aura publication de rapports publics sur l’utilisation d’antibiotiques dans le secteur du poulet par l’entremise du programme de surveillance à la ferme PICRA, soit des rapports par un tiers indépendant.

Et ce n’est que le début.

Dommage; l’article aurait pu être bon. Plutôt que de lancer des accusations au hasard et de présenter des faussetés comme des faits, cet article aurait pu insister sur le fait que tous les utilisateurs d’antibiotiques doivent promouvoir et assurer une utilisation responsable.

Il aurait pu souligner les engagements pris par la médecine humaine et l’agriculture animale pour collaborer avec l’industrie et le gouvernement sur des enjeux liés à l’utilisation des antibiotiques et à la résistance à ces derniers. Au lieu de cela, l’article est truffé d’inexactitudes et rédigé de manière à susciter la panique et à induire les lecteurs en erreur – même la photo en vedette est absurde.

Si Vancouver Magazine veut préconiser le changement, il est pleinement en droit de le faire. Cependant, ce n’est pas en publiant ce genre de rapport irresponsable qu’il y parviendra. Plutôt que de porter des accusations détournées, de diffuser des faits erronés et de semer de fausses informations sous un avis mal dissimulé, le magazine pourrait s’engager à rapporter la vérité au sujet des prodigieux efforts déployés à l’égard de cette grave question.

Cela aurait valu la peine d’être lu.

Mike Dungate
Directeur exécutif
Les Producteurs de poulet du Canada