1948

C’est en 1948 que Fred Beeson, rédacteur en chef du magazine Canada Poultryman, a proposé pour la première fois la mise en œuvre de la gestion de l’offre dans l’industrie avicole canadienne pour venir en aide à l’industrie ovocole canadienne quand l’Angleterre a réduit ses achats d’œufs à l’étranger au terme de la Deuxième Guerre mondiale.

1961

La  première incarnation pratique de la gestion de l’offre a revêtu la forme d’une stratégie provinciale visant à améliorer le sort des producteurs de poulet à griller de la Colombie-Britannique par suite du recul des prix du poulet qui avaient atteint un creux de 17,5 ¢ la livre (38,5 ¢/kg) à la fin de l’automne 1961 et que tout indiquait que l’effondrement des prix se poursuivrait.

La B.C. Broiler Marketing Board a vu le jour le 12 décembre 1961. Il s’agissait du premier office de commercialisation de la volaille au Canada, sa création résultant de la démarche de 150 producteurs qui, au mois d’août précédent, s’étaient penché sur un projet de plan.

 

1965

Suivant l’exemple de la C.-B., le Québec et l’Ontario ont aussi créé leur proper office provincial de commercialisation.  Même si ces offices ont donné un plus grand pouvoir de négociation aux producteurs de poulet, ils devaient sans cesse subir l’assaut de produits concurrents moins chers d’autres provinces et des États-Unis.

Dans son éditorial de juin 1965, Fred Beeson, alors rédacteur en chef du magazine Canada Poultryman, a incité les producteurs de poulet à griller de toutes les régions du pays à se réunir, au lendemain du congrès de la Fédération canadienne des couvoirs (FCC), dans le but d’établir un Conseil national des producteurs de poulet à griller. Le Canadian Broiler Council (CBC) a donc été constitué le 1er octobre 1965 à Toronto. Ses membres fondateurs étaient : Bruce MacNamara (Ontario) – président; Bob Blair (Colombie-Britannique) – vice-président; Bert Hall (Manitoba); Amos Blenkhorn (Nouvelle-Écosse); Everett Shiplett (Saskatchewan); Jack Brown (Alberta); Roger Landry (Québec); et John Janzen, secrétaire-trésorier.

Le CBC, qui comptait des membres de chacun des offices provinciaux, a tenté de négocier des « engagements d’honneur » quant au volume de poulets à produire. Bien que les membres aient accepté de réduire la production d’un pourcentage donné une fois de retour dans leur province, le respect des réductions convenues a été, au mieux, sporadique et, au pire, certaines  provinces ont accru leur production pour tirer profit des débouchés découlant de la réduction prévue de la production dans d’autres provinces.

1966

Suivant la tendance établie par les trois premières provinces, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et l’Albertaont aussi emboîté le pas et créé des offices provinciaux de commercialisation.

1968

Comme les autres, ce fut au tour du Manitoba d’établir son office de commercialisation.

1970

En 1970, l’Ontario et le Manitoba fournissaient des œufs à des points de vente situés au Québec. Le gouvernement québécois a alors autorisé la création de l’office de commercialisation des œufs du Québec afin de limiter les entrées d’œufs dans la province. Comme résultat, d’autres provinces, dont l’Ontario, ont réagi en limitant elles aussi l’entrée de poulet québécois dans leurs provinces. C’est ce que l’on a appelé « la guerre du poulet et des œufs ».

1971

En raison de la « guerre du poulet et des oeufs », il était clair que les plans de commercialisation provinciaux ne pouvaient que régler en partie les problèmes du commerce interprovincial et international. C’est dans cette perspective qu’a été adoptée en décembre 1971 la Loi sur les offices de commercialisation des produits de ferme qui a obtenu la sanction royale le 12 janvier 1972.

La Loi établissait essentiellement une structure fédérale parallèle qui encadrait les plans provinciaux existants. C’est également en vertu de cette loi qu’a été établi le Conseil national de commercialisation des produits agricoles qui avait pour mandat de conseiller le ministre de l’Agriculture au sujet de la formation et des opérations des offices nationaux régis par la Loi.

1974

À mesure que l’office national de commercialisation du poulet et que les contrôles frontaliers étaient sur le point de devenir réalité, les importations de poulet ont continué d’augmenter, passant de 698 390 kilogrammes en 1971 à 3,8 millions de kilogrammes en 1974.

1975

C’est au terme de plusieurs années de querelles que les négociations du Canadian Broiler Council ont donné lieu à l’élaboration d’un plan national pour le poulet.  L’un des principaux obstacles était l’incapacité des offices provinciaux de s’entendre sur le partage des parts de marché. Certaines provinces favorisaient l’autonomie provinciale alors que d’autres – disposant d’un marché interprovincial établi – n’étaient pas d’accord sur ce point. Un autre problème épineux était celui des divergences d’opinions quant à la capacité d’un office national du poulet d’acheter et d’écouler la production excédentaire.

L’Office canadien de commercialisation des œufs (OCCO) a été le premier de ces offices à voir vu le jour. Cette fois, c’est l’œuf qui a précédé la poule. L’OCCO a aussi éprouvé de nombreuses difficultés avec la question de la production excédentaire. Le Québec voulait que l’office national du poulet soit autorisé à mettre en commun la production excédentaire mais l’Ontario et la Colombie-Britannique n’étaient pas d’accord, étant d’avis  que cela favoriserait la production excédentaire et donnerait lieu à des pertes et des coûts additionnels qui pourraient ensuite être refilés aux producteurs.

En avril 1975, le Conseil national de commercialisation des produits agricoles a tenu des audiences publiques à l’échelle du pays concernant l’établissement d’un office national du poulet. Au terme de ces audiences, Gerald Tedford a fait valoir aux producteurs de l’Ontario que le Conseil avait apporté de façon unilatérale des modifications au plan proposé, y compris des dispositions auxquelles les offices provinciaux ne souscrivaient pas. Dans son rapport publié dans le magazine Canada Poultryman, Tedford disait « Ces changements, qui s’ajoutent aux critiques sévères formulées à l’égard de l’Office des œufs, ont refroidi, pour le moment, la volonté d’établir un office national. »

1976

Les importations de poulet augmentant rapidement – passant de 3,8 Mkg en 1974, à 9,4 Mkg en 1975 et à 952 350 kg dans les 24 premiers jours de janvier 1976 – il était plus important que jamais d’établir des contrôles frontaliers. Lors d’une réunion avec le ministre de l’Agriculture Eugene Whelan à la fin de février 1976, on a informé les producteurs que l’on ne pourrait pas réglementer les importations sans établir un système national de gestion de l’offre pour le poulet. Il appartenait donc aux producteurs de poulets à griller d’élaborer une proposition réalisable en vue d’établir un office en ce sens.

Même si les niveaux de production des cinq années précédentes ont servi de base aux échanges, il demeure que l’attribution des parts provinciales a fait l’objet de négociations en coulisse, surtout entre l’Ontario et le Québec. La formule d’établissement des prochaines allocations provinciales a également constitué un point litigieux important, plusieurs provinces voulant profiter de toute augmentation de la demande provinciale. Toutefois, la Loi sur les offices de commercialisation des produits de ferme comportait une disposition faisant allusion à un « avantage comparatif », disposition qui avait été intégrée aux dernières étapes de l’examen du projet de loi. Le Conseil national de commercialisation des produits agricoles a insisté sur le fait  que l’Accord fédéral-provincial sur le poulet ne pouvait servir à promouvoir l’autosuffisance provinciale.

Le Canadian Broiler Council a finalement adopté, le 12 août 1976, une proposition concernant un plan national de commercialisation du poulet. Le Conseil national de commercialisation des produits agricoles y a apporté des modifications ultérieures avant de l’adresser aux avocats du gouvernement fédéral qui s’en sont inspirés pour rédiger l’Annexe « B » et l’Annexe « A », soit la Proclamation.  Bien que la proposition du CBC soit devenue l’Annexe « C » de la version définitive de « l’Accord fédéral-provincial sur l’établissement d’un programme général de commercialisation du poulet au Canada », son libellé s’inspire de celui des autres annexes.

1978

Un article paru dans le magazine Canada Poultryman disait « L’annonce tant attendue par le ministre de l’Agriculture Eugene Whelan concernant l’établissement de l’Office canadien de commercialisation des poulets a finalement été faite le 29 décembre (1978) dans un communiqué publié par Ottawa. M. Whelan a aussi annoncé que des mesures étaient en voie d’être prises pour porter le poulet sur la Liste de marchandises d’importation contrôlée en vertu de la Loi sur les licences d’exportation et d’importation… Le nouvel office représentera 95 % des producteurs canadiens et 92,6 % de la production intérieure de poulet. »  Comme il était impossible de produire du poulet au Canada à des prix concurrentiels par rapport à ceux du produit des États-Unis, certains observateurs étaient d’avis que sans ce plan national, les importations auraient nui sérieusement, voire même signé l’arrêt de mort des industries locales.

1979

L’Office canadien de commercialisation des poulets a tenu sa réunion inaugurale à Ottawa les 5 et 6 février 1979. Le premier président du Conseil de l’OCCP a été Eric Meek (Nouvelle-Écosse); il avait été le président du CBC au cours des cinq années précédentes. Étaient aussi membres du Comité exécutif, le premier vice-président Laurent Mercier (Québec) et le deuxième vice-président, Gerald Tedford (Ontario). Parmi les autres administrateurs, citons : Leonard LeBlanc (Nouveau-Brunswick), Bruce McAninch (C.-B.), Bert Hall (Manitoba), Percy Naumetz (Saskatchewan) et William Wood (Î.-P.-É.).

Entre-temps, et suite à des négociations exhaustives, les États-Unis ont obtenu un accès équivalent à 6,3 % de la production intérieure.  Ce pourcentage prenait appui sur la quantité historique de poulet importée entre 1975 et 1978.  L’établissement d’un niveau d’accès prévisible tel celui-ci est devenu l’un des trois piliers essentiels au maintien de la gestion de l’offre tout en gardant les portes du pays ouvertes aux importations.

Jusqu’à ce que l’organisme puisse recruter ses propres employés, l’office de commercialisation du poulet de l’Ontario a mis à sa disposition à temps partiel les services de John Janzen, secrétaire-gestionnaire de l’organisme, et de certains de ses employés. Le conseiller juridique officiel de l’organisme était François Lemieux, lui qui avait aidé le Canadian Broiler Council à franchir des eaux troubles avant la formation de l’office. Une fois constitué, l’office a embauché son premier directeur général, Paul Guillotte, et la nouvelle équipe d’employés a ouvert officiellement les portes de l’office en août 1979 à Brampton, Ontario.